6 jours, 7 nuits ... dans le Queyras
Road book de l'araignée semi-mécanique, de trois pattes et de la loco.
(En italique: Les commentaires de Romain)
Vendredi 8 septembre : Saint Véran (2011 m)- Col de Chamoussière (2884m) - Refuge Agnel (2580 m)
Je profite de la profonde (et légèrement sonore) quiétude de mes camarades pour faire un bref retour sur la journée passée. Nous arrivons à 8h00 à la gare de Montdauphin Guillestre. Eric et moi retrouvons Romain qui a pris le train tôt ce matin après un cours séjour dans la Drôme. Alors que nous attendons une navette directe pour St Véran, l'un des transporteurs nous précise qu'elle n'existe pas (merci Romain pour l'organisation "tu t’attendais à mieux ? Je croyais pourtant que tu me connaissais")! Nous prenons donc un bus pour Vieille Ville pour enchaîner ensuite avec une navette-taxi jusqu'à St Véran. Le chauffeur conduit son bus avec dextérité sur une route qui surplombe les gorges du Guyl de plus de 200 m. C'est assez impressionnant, d'autant plus que certains passages donnent l'impression que le bus va toucher la paroi tailler en voûte. Je profite de l'arrêt à Ville Vieille pour acheter des croquants du Queyras (spécialité sucrée aux noisettes, amandes, miel ou chocolat), cela constitue notre premier petit déjeuner.
Après avoir changé de moyen de transport, nous atteignons enfin Saint Véran, plus haute commune d'Europe. Avant de lancer enfin nos petites jambes sur les sentiers, dernière étape indispensable : le ravitaillement pour le midi ! Nous conservons les valeurs sûres des années précédentes : pain, jambon de pays et tomme. En prime, Romain a eu la présence d'esprit d'emmener trois saucissons, encore une semaine diététique en perspective!
10h00, ça y est, nous sommes enfin lancés ! Enfin après à peine 50m, première pause, Romain, qui a fait l'acquisition d'un appareil photo numérique, dégaine le premier : le concours photo est lancé !
Après une légère descente, nous suivons une route forestière en légère montée en fond de vallée : idéal pour débuter et se mettre en jambe. Le soleil est bien présent, mais quelques nuages commencent à faire leur apparition. Nous apercevons sur la gauche l'observatoire du pic de Château Renard perché à 2989 m (l'un des plus grands d'Europe). Il faut dire que la vallée bénéficie d'un des ensoleillements les plus élevé de France : 300 jours par an sans un nuage ! D'ailleurs d'après le chauffeur de taxi, cela fait deux mois qu'il n'a pas plut dans la vallée, n'en déplaise aux agriculteurs, nous espérons bien avoir 6 jours de plus! La montée commence à s'accentuer, la végétation devient de plus en plus rase. Nous croisons une marmotte au bord du chemin qui ne semble pas le moins du monde effrayée par notre présence, première d'une longue série. Nous déjeunons rapidement à l'abris du vent, qui commence d'ailleurs à ramener de plus en plus de nuages d'Italie. Heureusement, le soleil semble nous avoir pris en affection. Peut être que le sacrifice du genou de Damien sur l'hôtel du Dieu Râ porte ses fruits?
Nous atteignons enfin le col de Chamoussière, et pour la première fois le soleil nous abandonne. Mention spéciale pour Eric qui a accepté de renoncer à ses bâtons pour cette première montée, peut être qu'il n'y aura pas d'araignée mécanique cette année ! Nous descendons rapidement les 300 m qui nous séparent du refuge Agnel. L'accueil y est plutôt froid. Le topo guide précise pourtant bien que les gens du Queyras sont particulièrement chaleureux ?!? On nous précise quand même deux endroits pour bivouaquer. Nous optons pour un replat dans des ruines à proximité du refuge. L'opération de montage de la tente s'opère sous le soleil qui a refait son apparition. Direction ensuite le refuge pour y remplir nos gourdes en prévision du repas du soir : popote oblige ! Premier craquage de la journée, malgré l'accueil, nous nous y arrêtons pour prendre un chocolat chaud. Quelle ne fut pas ma surprise à ma première gorgée de sentir un craquement sous la dent... un insecte ! Mmmmmmh, ils ont même pensé aux vitamines! Décidément, ce n'est vraiment pas une bonne adresse. Retour vers 18h00 au campement, les nuages se densifient, cela ne nous empêche pas de voir le pain de sucre (3200m). Nous avions songé à en faire l'ascension mais vue le manque de visibilité, l'intérêt semblait limité et puis mieux valait ne pas trop forcer pour la première étape...
Après un peu de lecture, je me suis donc mis à écrire ces quelques lignes, je dois d'ailleurs les abandonner pour préparer à manger, au menu : pâtes, un grand classique.
Une fois ce repas gargantuesque expédié (500g de pâtes pour 3), nous allons rapidement nous coucher. Il est à peine 20h00, un record par rapport à nos habitudes parisiennes. Peut être à cause de l'altitude, nous décompressons tous les trois (Eric semble subir le plus les effets de l'altitude). Heureusement que personne n'a la mauvaise idée d'allumer sa frontale... sinon vous auriez pu lire dans les faits divers : Explosion en montagne, une tente a été retrouvée brûlée, les trois randonneurs souffrent des brûlures graves. Pourtant, la bonbonne de gaz a été retrouvée intact, le mystère reste entier !?!
Samedi 9 septembre : Refuge Agnel (2580 m) - Col Agnel (2744 m) - Passo della Losetta (2872 m) - Refuge du Viso (2463 m)
Je me réveille à 6h00 sous une bruine matinale. Vu que mes compagnons de galère ne semblent pas pressés de se lever, je prends mon poncho et mon appareil photo et je pars me balader dans la fraîcheur matinale. A peine un quart d'heure que je suis parti et la pluie cesse de tomber. Les nuages commencent à se déchirer et la vue se dégage en fond de vallée. J'atteins le col vieux. Le décor qui m'y attend est un peu mystique avec des sommets, lacs et vallées qui apparaissent et disparaissent dans la brume matinale. Je redescends au bivouac pour réveiller Eric et Romain, il est 8h00. Il semble que leur sommeil ait été un peu moins bon que le mien, il faut dire que leurs matelas respectifs sont percés et qu'ils ont passé la nuit quasiment à même le sol ! Et ce n'est que la première nuit...
Après un petit déjeuner frugal, nous entamons la journée par 200 m de montée vers le col Agnel. Ce dernier est pris dans la brume et nous sommes un peu frustrés par le fait de ne pas avoir de vue qui pourtant semblait s'annoncer superbe. Nous profitons de nous trouver à la frontière italienne pour faire un petit clin d'oeil au récent match France-Italie... on se console comme on peut de la défaite en coupe du monde !
La descente en Italie se poursuit dans la brume jusqu'à passer sous le plafond nuageux. Nous croisons un berger italien. Il cherche à entamer la discussion avec Rico et Romain, et semble leur parler du temps. Vu leur niveau d'italien, ils restent dubitatif et quittent poliment le berger. Nous bifurquons ensuite sur la gauche pour emprunter une nouvelle vallée. Il s'agit peut être d'une ancienne vallée glacière compte tenu de sa largeur et de sa forme en U. Toujours est-il que nous avons enfin le sentiment d'avoir quitté la civilisation. La vue en fond de vallée est superbe. Nous en profitons pour nous arrêter manger avec au menu (vous l'aurez peut être deviné) : jambon, saucisson, fromage et pain ! La fin de la montée s'annonce plus rude pour atteindre le Passo della Losetta. J'arrive en premier pour découvrir avec déception que la vue sur le Mont Viso promise est bouchée. En effet, alors que la plupart des sommets avoisinants culminent autour de 3000 m, le Viso affiche allègrement 3800 m ! Romain me suit de peu tandis qu'Eric arrive tranquillement à un petit rythme. Nous le chambrons gentiment qu'il aurait pu tout donner. Il nous répond : « je donnerais tout le jour de mon mariage »... à garder en mémoire ! Il ne prends pas trop de risques, le bougre!
Alors que nous récupérons de ce petit effort, les nuages commencent à se déchirer et nous voyons apparaître une impressionnante paroi rocheuse juste en face de nous. Au fur et à mesure la petite lucarne au milieu des nuages s'agrandit et nous commençons à voir se dessiner les contours du Viso. Après la première déception de l'arrivée, un sentiment d'euphorie me gagne à la vue de ce massif rocheux. Nous descendons ensuite une petite centaine de mètres avant de faire un travers pour rejoindre le col Vallante. Sur ce petit parcours, Romain a trouvé le moyen de prendre la tête du concours photo avec une prise de vue combinant fleurs au premier plan et Viso en fond. Ouais, m’enfin au final, le Viso est trop flou et la photo n’est pas top. Juste avant d'atteindre le col Vallante, quelques bouquetins nous regardent paisiblement passer à une cinquantaine de mètres en contrebas. Et paisible, ils peuvent le rester, même si la distance est faible, il nous faudrait un bon moment pour venir les perturber en escaladant la pente rocheuse qui nous sépare...
Le passage en France se traduit par le retour du soleil. Après une brève hésitation pour savoir si nous bivouaquons au bord du lac Lestio ou au refuge Viso, nous optons pour la deuxième solution.
L'accueil au refuge est cette-fois ci nettement plus chaleureux. On nous indique que nous pouvons planter la tente où nous voulons (à l'exception de l'héliport) et que nous pouvons préparer notre repas et manger dans la salle commune du refuge.
Après avoir monté la tente, nous passons à l'opération la plus délicate de la soirée : le toilettage à l'eau froide de montagne (au moins à 4°C et au plus à 6°C...). Romain et moi faisons la totale tandis qu'Eric se contente des bras et des jambes. Cette grosse tafiole frileuse. Pour nous remettre de ces émotions, un thé (ou chocolat chaud) avec du fromage blanc aux myrtilles nous attendent au refuge ! La discussion s'installe avec des montagnards de Chambéry. Ces derniers viennent également du refuge Agnel, et même pour les personnes dormant au refuge, l'accueil laisse à désirer. Arrivée un peu tard au goût de la gérante, cette dernière a bien faillie ne pas leur servir à manger : un comble pour un refuge ! Nous échangeons sur nos parcours respectifs. Si pour nous l'autonomie et la liberté, c'est le bivouac, pour eux après quelques années suivant cette première méthode, cela se limite maintenant à la bouteille de pastis ! (et cela nous a rappelé que cette année, nous n’avions pas gérer le remontant : rien, nada, que dalle…lamentable !)
Nous avalons nos pâtes aux fromages et partons nous coucher vers 21h00.
Dimanche 10 septembre : Refuge du Viso (2463 m) - Col Sellière (2834 m) - Col de la Croix (2299 m) - La Monta (1661 m)

Je me lève à 6h30 et, à peine sorti de la tente, je suis saisi par le froid. Le temps de me couvrir et je découvre sous mes premiers pas des traces de givres ! (à cette heure, je devais être en train d’essayer de récupérer mes orteils congelés…). En revanche, la vue est parfaitement dégagée et exceptionnelle. Je me balade autour du refuge et j'observe tranquillement un troupeau de moutons parqués à proximité. Ce dernier est encadré par deux chiens de berger sensés guider le troupeau et trois patous supposés le protégé. Le problème avec ces derniers, c'est qu'ils ne font pas facilement la différence entre les loups et les hommes... Après avoir pris en grippe des promeneurs italiens, l'un d'eux se retourne vers moi jugeant ma présence près du troupeau indésirable... je m'écarte donc tranquillement. Je réveille Eric et Romain vers 8h00. Enfin je ne suis pas sur de réveiller Romain puisque je crois qu'il n'a pas vraiment dormi compte tenu de la température ! (on ne peut rien te cacher, Nico !)
Après un thé bien chaud bienvenu, nous grimpons les 400m qui nous séparent du col Sellière en 30 à 45 minutes suivant nos formes respectives. Un bon coût d'accélérateur au regard des 1h15 prévues par le topo. A l'arrivée un panorama superbe de l'arc alpin nous attend, avec en prime un chamois sur une crête. Après quelques minutes d'hésitations et de discussions, nous parvenons à cerner le mont Blanc, le Cervin et le massif du mont Rose, rien que ça ! Nous basculons de nouveau en Italie où quelques nuages apparaissent au loin dans la vallée. Nous laissons derrière nous le lac Lungo et le refuge Granero pour atteindre une vallée italienne qui semble particulièrement reculée. Celle-ci est composée de nombreuses bergeries et le son des cloches nous accompagne tout en long de sa traversée.
Malgré le vent qui a fait son apparition, nous faisons une petite halte pour déjeuner et terminer nos réserves de saucisson et de fromage. D'ailleurs merci à Romain pour cet excellent saucisson au cerf de la Drôme !
La montée qui nous attend ensuite pour nous mener au col de la Croix est assez raide. Heureusement que celle-ci est en grande partie en sous bois et donc bien agréable. D'autant plus que Romain et moi avons l'occasion de déguster de maigres, mais excellentes, framboises qui ont résistées jusqu'en septembre.
Rico s'énerve et part à vive allure, soutenu par le rythme d'un seul bâton (il prête l'autre à Romain qui a un peu mal au genou "le début de la galère commençait alors, je peux maintenant dire que c’était un signe qu’il allait pleuvoir le lendemain !"), l'araignée mécanique est quasi de retour (un vrai feu de paille).
Nous entamons une longue descente en sous bois jusqu'au village de La Monta. Enfin on ne peut pas vraiment parler d'un village lorsqu'il n'y a qu'une église et un gîte. Les chambériens nous avaient pourtant prévenu mais nous croyions qu'il s'y trouverait également quelques chalets.
L'étape se termine au camping des chardonnets. Après avoir discuter avec des campeurs sur le départ nous passons à l'accueil. Décidément, nous sommes de mieux en mieux reçu. Le tarif défit toute concurrence (10€ la nuit pour trois campeurs avec une tente). Le gérant nous informe qu'il n'y a pas de ravitaillement à Ristolas comme nous l'escomptions. Heureusement, ce dernier est en mesure de nous proposer des produits locaux. Nous achetons donc du pain, du fromage et du pâté pour les midi à venir et poussons même le vice jusqu'à commander des croissants et des pains au chocolat pour le lendemain matin. Avant de partir, le gérant nous offre même un cadeau de fin de saison : des saucisses à faire griller sur un feu de camp (autorisé dans le camping). En fait les saucisses et le pâté proviennent d'un artisan local d'Abriès. Je craque d'ailleurs, et trouvant mon sac un peu trop léger, j'achète un bocal de pâté « souvenir » au génépi et au pignon de pin, que je compte bien déguster à Paris.
Nous vaquons à nos occupations habituelles de fin de journée : étirements, préparation du repas et toilettage (à l'eau chaude cette-fois ci, que de luxe). Au menu donc ce soir : soupe, lyophilisé et bien sûr saucisses grillées ! Nous ajoutons donc une occupation supplémentaire : corvée de bois ! Et là ce n'est pas si simple, il semble que bon nombre de feux de camps ont déjà été effectué cette année et le bois mort ce fait rare.
Reste désormais à allumer le feu de camps sans papier journal, ni moi, ni Romain ne sommes près à sacrifier les livres que nous transportons. Romain ne veut pas sacrifier le livre que lui a prêté Stéphanie (une charmante collègue), d'autant plus que ce dernier lui sert d'oreiller et que les nuits sont déjà assez difficiles pour lui. (Nan mais ça va pas non ? Sacrifier le livre de Stéphanie…pas fous non ? Et puis quoi encore ? Nan mais ils veulent ma mort ceux là ! Scrogneugneu ! )
Après qu'Eric et moi aillons essayé d'allumer quelques aiguilles de pin avec le briquet et du papier toilette, Eric décide de sortir l'artillerie lourde : le réchaud ! Le hic, c'est qu'un réchaud, ce n'est pas fait pour être retourné... du coup en voulant approcher le réchaud du foyer, Eric a droit a un joli retour de flamme ! Heureusement sans conséquence, si ce n'est de nous avoir beaucoup fait rire Romain et moi. Nous optons finalement pour la voie indirecte en brûlant quelques brindilles au réchaud et en les mettant ensuite dans le foyer.
Les grillades sont excellentes, les saucisses sont même fourrées avec quelques légumes (peut être d'ailleurs les seuls du séjour). Nous allons nous coucher repus vers 21h00.
Lundi 11 septembre : La Monta (1661 m) - Colette de Gilly (2366 m) - Le Roux (1750 m)
Levé 7h00 ce qui me laisse une petite heure de lecture avant le réveil de mes compagnons d'infortune. Comme prévu la veille, des croissants et des pains au chocolat nous attendent à l?accueil du camping.
Vu que l'étape est relativement courte aujourd'hui, nous prenons notre temps ce matin. Mise en route donc vers 9h30, direction Ristolas. C'est un petit village qui dispose de quelques remontées mécaniques pour l'hiver mais qui semble surtout prévu pour le ski de fond. A la sortie du village, le sentier s'élève rapidement. La montée est assez rude, heureusement, il y a travers en partie en sous bois à la moitié qui permet de bien récupérer. Nous y apercevons un chamois qui disparaît rapidement dans les arbres à notre vue. Nous finissons la montée en plein soleil au milieu
d'une piste de ski, pour atteindre le col aux environs de midi. Le pique nique s'impose. Le pâté acheté la veille, envoi justement du pâté, et la tomme aussi d'ailleurs ! Vu qu'il nous reste plus que deux petites heures de descente, nous nous accordons une heure de répit au soleil. Je la mets à profits pour lire un petit peu pendant que Romain et Rico sombrent d'un sommeil réparateur sur un doux matelas herbeux. Nous entamons la descente vers le village du Roux sous un soleil qui commence à s'assombrir (mon genou-météo commençait donc à se faire sentir !). Le GR alterne entre petit sentier et chemin forestier, presque toujours en sous bois. Il semble qu'il y ait eu des travaux récemment et qu'une conduite a été installée sous le chemin forestier. Elle apparaît même à l'air libre pour la traversée d'une petite gorge formée par un ruisseau.
Nous atteignons le village vers 15h30. Le choix entre trouver une aire de bivouac ou dormir en gîte est vite réglé. Les quelques personnes rencontrées nous confirment que les lourds nuages noirs au-dessus de nos têtes sont plutôt mauvais signe. A peine les sacs posés dans le gîte que le déluge commence : l'eau tombe à verse, le tonnerre gronde et la grêle se déchaîne au point de format un petit matelas blanc. On est pas bien là, détendu, ... et secs au gîte ! Après de brèves discussions, nous décidons d'opter pour la demi-pension. Eric veut même demander à manger une fondue, mais Romain et moi sommes plutôt d'avis à limiter la consommation de produits lourds comme le fromage et essayer de manger un plat un peu plus équilibré.
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Vidéo envoyée par ricolas
Après une bonne douche réparatrice, nous descendons dans la salle commune. L'ambiance y est chaleureuse. Je prends une tisane maison à base de 6 plantes, elle est excellente. Je pars ensuite à la chasse aux denrées « locales ». J'ai vu en arrivant qu'il y avait un artisan distillant lui-même quelques liqueurs et préparant des apéritifs avec des plantes et des fruits de montagne. Malheureusement pour mon estomac, mais heureusement pour mon dos et mon sac, c'est fermé : retour au gîte. Pendant ce temps, Romain est parti à la recherche d'un tube de colle auprès de nos hôtes. Non pas pour son genou, mais pour la semelle de sa chaussure qui semble bien décidée à rester dans le Queyras au milieu d'un sentier. Elle ne tient plus que par la pointe de la chaussure et le talon!
Entre temps, un couple belge nous à rejoints. Nous dînons en leur compagnie. Ce sont des adeptes de la montagne et en particulier du Queyras. Ils font d'ailleurs parti du club alpin. Ils nous font part qu'ils ont déjà fait des étapes de 2200 m de dénivelé positif à la journée avec des sacs de 15 kg : respect ! Ils sont également en train d'élever 4 ânes pour partir en itinérant plus facilement tout en se ménageant. Enfin ils nous informent de quelques bons plans tel que l'organisation de concerts de musique classique en altitude : ambiance garantie et salle exceptionnelle... Le repas débute par une bonne soupe de poisson servie avec de la rouille. Ensuite, à la plus grande joie d'Eric, c'est fondue ! Heureusement, il s'agit d'une fondue provençale à base de fromage et de tomate, beaucoup plus digeste que la fondue savoyarde. C'est excellent et nous n'en laissons pas une miette. Nous accompagnons le tout de 2 bouteilles de Sauvignon pour nous cinq, il faut ce qu'il faut... Pour finir, un simple fromage blanc aux myrtilles nous attend avec quelques gâteaux. Comme dirais un guerrier belge dans Astérix : ça est frugal !
Une bonne petite tisane aux six plantes puis direction nos matelas (ceux là ne devraient pas se dégonfler au cours de la nuit pour le plus grand plaisir de Romain et Rico).
Mardi 12 septembre : Le Roux (1750 m) - Col des Thures (2797 m) - Col de Rasis (2921 m) - Fonts de Cervières (2040 m)
Réveil à 6h00, je pars ma balader dans le village du Roux. L'absence de nuages dans le ciel semble de bonne augure, au moins pour la matinée. Je réveille Romain et Eric à 7h15 après une nuit de sommeil réparatrice (quoiqu'ils aient trouvé les matelas un peu mous). Nous prenons un petit déj' copieux (pain grillé, beurre, confiture, céréales, fromage blanc, gâteaux, boissons chaudes) en compagnie du couple belge. Pour eux les vacances se terminent aujourd'hui et dix heures de routes les attendent... dur, dur ! (sont tarés ces belges !)
Nous quittons le gîte à 8h30, un record, sous un ciel dégagé. La montée débute tranquillement en fond de vallée avant de s'accentuer très fortement jusqu'au col des Thures, pas de répit en perspective. Cela ne nous empêche pas de gravir les 1000 m de dénivelé en 2h10 à 2h20 suivant nos formes respectives (au lieu des 3h30 prévus dans le topo). Nous commençons à nous habituer à nos sacs et la forme devient de plus en plus optimal après 4 jours de rando. Pendant la montée, j'ai la chance de voir une biche s'enfuire à grand bond, effrayée par notre présence. Quelques nuages ont fait leur apparition en altitude côté Queyras, mais le gros des « forces » est massé en Italie. Il s'agit de ne pas trop traîner, le temps pourrait changer rapidement.
La montée se poursuit plus tranquillement jusqu'au point culminant de notre parcours : le col de Rasis (2921 m). Nous basculons ensuite de nouveau côté français et cette fois ci pour y rester. Un petit lac en contre-bas s'offre à nous pour une petite séance de ricochet. Il est difficile de rééditer les exploits réalisés dans les Cévennes le mois précédent. Il faut dire qu'ici les « galets » sont encore au début de leur vie et ne présentent pas la rondeur et l'uniformité idéale.
Nous entamons ensuite un long travers avec au loin une petite crête rocheuse qui semble nous barrer le passage. D'après le topo, nous devons passer en son milieu mais nous ne voyons pas trop comment pour le moment. D'après une célèbre maxime : c'est au pied du mur, qu'on voit le mieux le mur... Effectivement, nous découvrons finalement le sentier sur la toute fin. En fait, arrivé à proximité de la crête, le sentier remonte brusquement dans la pente sur 50m pour atteindre un petit passage, au final bien moins impressionnant que ce qu'il n'y paraissait.
Nous atteignons le pic du Malrif, seul sommet de notre périple où, malgré les nuages, un superbe panorama s'offre à nos yeux. En contre bas, un berger observe tranquillement son troupeau brouter au bord des lacs du Malrif.
Vu les nuages qui continuent à se développer du côté des fonts de Cervières (là où nous allons bien sur), et malgré l'heure déjà avancée (13h00), nous préférons redescendre un peu avant de manger.
La descente s'annonce difficile pour Romain, son genou recommence à le faire souffrir. Il semble que la présence d'humidité soit un facteur aggravant. Comme dirait le célèbre philosophe français Renaud : « on est quand même moins jeune qu'avant » !
En parlant d'humidité, à peine installés pour manger que nous sentons quelques gouttes ! Par précaution, j'enfile rapidement mon poncho et me cale tranquillement pour manger pâté et fromage (toujours aussi excellents). La pluie semble hésitante et nous alternons entre les périodes de début d'averses et les périodes de calme. Romain et Eric finissent par sortir leurs ponchos. La mise en place de ces derniers n'est d'ailleurs pas évidente... Après un repas somme toute rapidement expédié, nous reprenons la descente juste au moment où la pluie s'arrête. Ce n'est que de courte durée et nous finissons la dernière demi-heure sous une pluie de plus en plus intense.
(un vrai déluge sur la fin ! Je termine sur une jambe…)
Vu la météo, nous décidons d'opter pour la salle hors-sac du gîte. L'accueil est agréable. Nous nous installons et vaquons à nos traditionnelles occupations : toilettage, étirements, lecture, ... mais pas de montage de tente ! Nous achetons également quelques cartes postales (la veille de la fin de notre périple), il faut dire que le contact avec la civilisation a été plutôt limité jusqu'à présent. Je pense même que nous avons croisé plus de marmottes que de personnes !
Pour combattre l'humidité ambiante, une boisson chaude est la bienvenue (thé ou chocolat), accompagnée comme il se doit d'un excellent crumble aux pommes.
Pour passer le temps, nous entamons une partie de cartes avec pour enjeu la vaisselle du soir. Je tiens à noter au passage qu'il était temps de sortir le jeu de cartes que je trimballe depuis le départ. Je l'aurais eu un peu mauvaise de l'avoir trimballé tout le séjour sans raison (alors que mon Jungle Speed, je ne l’ai pas eu mauvaise du tout, hein ?). La vaisselle se joue au tarot africain (ou quel que soit son nom) et Eric nous surprend Romain et moi par une technique originale et une prise de risque maximale. Dommage qu'elle ne porte pas ses fruits : c'est Rico qui s'y collera pour la vaisselle.
Au menu ce soir, potage tomate au vermicelle et coquillettes. Ces dernières feront au final également office de vermicelle. Cela permet ainsi de donner un peu de goût aux pâtes. On fait ce qu'on peut pour améliorer notre quotidien ! Aaaaaaaaah, le retour aux choses simples ! C’est ça l’esprit rando ! Un léger goût de tomate dans les pates, et on a l’impression de manger dans un deux étoiles. (le trois étoiles, c’était les saucisses au feu de bois)
Fidèle à nos habitudes, le sommeil nous rattrape de bonne heure (20h30).
Mercredi 13 septembre : Fonts de Cervières (2040 m) - Col de Péas (2629 m) - Ville Vieille (1395 m)
Réveil à 6h30, comme à mon habitude, je fais un petit tour dans le hameau des fonts de Cervières, la vallée est plongée dans la brume. Je réveille mes camarades à 7h00. Nous expédions rapidement le petit déjeuner en terminant les derniers petits pains prévus à cet effet (mon sac s'allège un peu au passage). Romain à déjà mal au genou, la nuit n'a pas été suffisamment réparatrice de ce côté là. La journée risque d'être longue pour lui... (bah, on est un homme ou on ne l’est pas, et puis j’aurais peut-être été le premier à faire cette étape en béquilles ??) Nous posons le pied dans la dernière montée de ce périple à 8h00, le record du séjour est explosé ! Ces 600 derniers mètres sont avalés tranquillement en deux petites heures. Le plafond nuageux est entre temps remonté et cela nous permet d'apprécier un peu mieux le paysage. Nous avons même la chance d'observer un rapace tournoyer autour du pic de Rochebrune. Il est de taille imposante et semble suivi continuellement par un autre oiseau de plus petite taille, peut être son petit en pleine séance d'obtention de son brevet de pilote ?!? Arrivé au col, nous observons pour la première fois le Queyras sous les nuages !
Le calvaire commence ici pour Romain, pourtant aidé de deux bâtons. Dès que la pente s'accentue en descente, il ressent une douleur au genou. Et il reste 1200 m de descente... Le Queyras parvient au fil de la descente à mettre en valeur sa réputation d'ensoleillement et nous profitons de quelques rayons de soleil. Après un début de descente sur sentier, nous rejoignons un chemin forestier.
Pour le déjeuner, nous terminons nos victuailles : nos derniers sachets de lyophilisé. Eric est au poisson tandis que Romain et moi « dégustons » un hachis parmentier. Enfin pour moi, il est plus proche de la version soupe (je le mange d'ailleurs à la grande cueillere), tandis que Romain doit compléter son sachet à la fin à l'eau froide pour réhydrater les derniers morceaux. Pour des experts en mécanique de fluides, le dosage en liquide n'a pas été excellent ! (À qui la faute ??)
A noter que pendant le repas, nous sommes harcelés par une horde de mouche. Une douche et une lessive de nos vêtements de randonnée s'imposeraient elles après six jours de rando ?
La descente se poursuit sur un chemin forestier en pente douce. Enfin je ne suis pas sur que la dizaine de VTTistes croisés dans l'autre sens la trouve particulièrement douce... Nous débouchons enfin sur la vallée principale du Queyras. Un superbe champ de fleur s'offre à nous, et à nos appareils photos pour la dernière ligne droite du concours.
Au village des Meyries, nous quittons le GR pour rejoindre Ville Vieille. La pente s'accentue au grand damne de Romain. Dernière petite émotion, une vipère nous souhaite la bienvenue pour notre retour à la civilisation au beau milieu du chemin.
Nous atteignons enfin Ville Vieille, dernière étape de notre périple. Nous en profitons pour faire quelques courses de spécialités locales : croquants (en partie pour nos collègues de boulot respectif "qu’est ce qu’il ne faut pas faire pour être bien vu au boulot" ), liqueurs (l'artisan croisé au village du Roux vend ses produits également ici) et bonbons au miel. Après avoir tourné dans les rues du village à chercher une charcuterie, nous devons nous résoudre à renoncer aux saucissons de montagne.
Nous avons encore deux heures avant l'arrivée de la navette pour la gare. Nous sommes donc « obligés » de nous poser dans un bar en compagnie d'une bière (la dernière de l’année pour moi) et d'une glace (grandement méritées ?!?).
Nous profitons de ce dernier moment de répit pour nous mettre à jour dans les cartes postales, lire un peu le journal après ces six jours coupés du monde et écrire quelques lignes de ce road book.
Nous prenons la navette à 18h00. Heureusement que nous avons réservé la veille, nous en sommes les seuls occupants. Le chauffeur nous rassure dans la descente des gorges du Guyl en énumérant les accidents arrivés dernièrement et la chute de plus de 200m d'une voiture la semaine passée !
Une fois déposés à la gare, reste à trouver un restaurant pour le soir. Et là rien n'est simple. Le restaurant le plus proche n'ouvre qu'à 19h15 ce qui ne laissera pas suffisamment de temps pour prendre un des repas proposés ici avant le départ du train. Nous rejoignons finalement un restaurant pizzeria un peu plus loin sur le bord de la route. A notre grand désarrois, ils nous informent que le restaurant est fermé juste ce soir. Nous nous rabattons finalement sur une cahute qui vend des pizzas à emporter sur le bord de la route et achetons quelques gâteaux dans une boulangerie à proximité. Ce dernier repas est pris sur le quai de la gare. Même si les conditions ne sont pas des plus chaleureuses, au moins le repas est bon. Le rituel du restaurant clôturant nos précédentes randonnées sera repoussé sur Paris …(bon, faudrait le faire avant la fin de l’année quand même !!)