Seul au monde...

Publié le par Nicolas

Pour ceux qui aurait la flemme de lire tout l'article (encore une fois je me suis lâché), je vous propose cette fois une version courte du récit de mon périple en Irlande.

Je me suis donc lancé dans le remake du film seul au monde avec Tom Hanks. Me voilà donc « échoué » une semaine sur une île, livré à moi-même dans des conditions quasi tropicales (vous enlevez la chaleur et vous gardez la pluie), contraint et forcé de manger la nourriture locale (la Guiness ou la Murphy's). Bref vous le comprendrez, j'ai souffert... mais j'ai quant même bien profité des superbes paysages de cette « petite » île.



Samedi 04 août: Paris - Killarney

Craignant de m'ennuyer pendant les quelques heures de transport, et trouvant mon sac un peu léger, je passe acheter de la lecture. J'opte pour un quelque chose de joyeux et de divertissant afin de me remonter le moral pendant les longues heures de solitudes qui m'attendent: 1984 de Georges Orwel!

J'apprécie de plus en plus la paranoïa qui règne dans les aéroports, après avoir évité de justesse l'évacuation de l'aérogare pour cause de coli abandonné, je me vois refusé au contrôle de passer avec ma pâte d'amande... pour similitude avec un pain de plastique! Je leur ai pourtant proposé d'en manger un morceau devant eux. Le vol se déroule sans encombre. J'arrive à Shannon sous la pluie, pas de doute je suis bien en Irlande.

Je me cale au fond du bus qui me mène à Limerick, en écolier rêveur. J'ai à peine le temps de faire quelques petites courses en prévision du lendemain (charcuterie, pain et fromage carré, enfin si on peut appeler cela du fromage), que je saute dans le bus pour Killarney, début de mon périple. J'arrive à 21h00, le temps de sortir mon pancho et je pars en quête d'un commerce susceptible de me vendre un camping gaz (interdit en avion). Vu la météo, je ne me vois pas me passer de repas chaud pendant une semaine. Les commerces sont encore ouvert tard, mais aucun n'est en mesure de proposer des articles de randonnées. Tant pis, je prends la direction du camping, qui oh surprise, vends des cartouches de gaz! Je monte la tente rapidement sous la pluie, aval des sandwichs (trop la flemme de cuisiner) et je vais me coucher. Il est déjà 22h30.



Dimanche 05 août: Killarney - Sneem

Réveil 6h30, toujours sous la pluie... j'avais pourtant espéré y couper, ayant entendu une accalmie pendant la nuit. Je sirote un thé bien chaud sous la tente avant de tout démonter et de me mettre en route vers 7h15. Je commence par longer le lac Leane au pied de Killarney. Je passe devant une abbaye en ruine et un vieux château, dans le plus pur style anglo-saxon. Je prends ensuite la direction de la cascade de Torc. Le guide du routard a tendance à la dénigrer, mais par temps de pluie comme aujourd'hui, ça déménage. Petit détail non négligeable, qui dit cascade dit dénivelé... j'attaque la première ascension de mon périple. Il n'y a pas grand monde en cette heure matinale, je croise juste quelques coureurs.

Je débouche finalement sur ce qui devrait être une vallée cernée par les monts environnants. Mais avec une centaine de mètres de visibilité, je m'attends surtout à me faire assaillir par de petits nains verts voulant protéger leur trésor (les leprechauns). Au détour du sentier je surprends une famille de biches. Je progresse sur des poutres en bois au milieu d'une végétation qui m'arrive au niveau des genoux. A force de m'y frotter, j'ai rapidement les pieds humides (j'aurais du prendre mes guêtres). Un peu plus loin, je rejoints une route, je me dis alors que les problèmes « d'humidité » sont réglés. Que nenni, cela va même en s'aggravant puisque je découvre avec stupeur que la route est coupée par une mare d'eau. J'en ai jusqu'au genou. J'avance encore d'un bon kilomètre pour découvrir que, cette fois ci, c'est carrément un torrent qui barre la route. L'eau vient affleurer les blocs de pierre sensés aider à la traversée. Cela me semble bien dangereux. J'envisage dans un premier temps une technique de contournement. Je pars dans le bocage environnent mais vu le débit du torrent, aucune traversée n'est envisageable ailleurs qu'au point prévu. Je franchis donc le torrent presque à l'endroit prévu, mais les pieds dans l'eau. J'en ai jusqu'au genou et j'ai préféré garder mes chaussures pour assurer mes pas dans l'eau. J'ai les pieds définitivement trempés, j'ai l'impression d'avoir des bottes au pieds. Je voulais un peu d'aventure, je suis servi... La pluie commence enfin à s'estomper et le plafond nuageux à remonter.


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Vidéo envoyée par ricolas


Je finis par atteindre le col et je découvre un superbe panorama, bien qu'un peu gris, la Kenmare River qui se jette ensuite dans l'océan. Une heure de descente plus tard, je retrouve la civilisation avec le village de Kenmare. J'échoue dans un pub pour y trouver un peu de réconfort... et je suis servi: murphy's, soupe, pâtes aux fruits de mer et le sourire des serveuses, mon moral remonte en flèche. Cette pause était vraiment la bienvenue, je me remets ensuite en route pour Sneem.

Oh surprise, je suis arrivé sous la pluie, je découvre mes premiers rayons de soleil du séjour. Je peux enfin ôter mon pancho, c'est peu dire que les sentiers sont humides, je ne compte plus le nombre de fois où j'ai l'impression de laisser ma chaussure dans la boue. Heureusement la vue est superbe en surplomb de la rivière. Au passage je demande à remplir ma bouteille. Je tombe sur des habitués français du coin, qui en prime m'offre une pomme. Je regagne ensuite la route principale. Après quelques kilomètres, je m'arrête dans un pub pour une pause coca, ou plutôt coke. Aujourd'hui c'est la retransmission d'un match de hurling (sport gaellic avec une crosse sur un terrain de rugby), je ne suis pas sur de bien en comprendre les règles. Il y a de l'ambiance, je serais bien resté un peu plus mais j'ai encore de la route.

J'ai l'impression d'avoir raté une bifurcation vu la fréquentation de la route. Le hic c'est qu'il me manque juste un morceau de carte, et c'est pile celui dont j'aurais besoin. Me sentant moyennement en sécurité, je prends une petite route sur ma droite. Ca monte pas mal. J'arrête une voiture pour savoir ou cela mène. La personne ne connaît pas la Kerry Way, elle me confirme que cette route permet de prendre la direction de Sneem, que la vue est superbe, que c'est moins fréquenté, mais par contre que cela fait un détour... tant pis, je poursuis quant même dans cette direction. Je commence à avoir mal au pieds...

Je regagne la route principale. Cette fois ci, je ne cherche plus à faire de détour, la fatigue commençant à se faire sentir. Après 2 ou 3 kms, je retrouve enfin la Kerry Way. La pluie fait de nouveau son apparition. Il est déjà 19h30 et je ne vois toujours pas la fin du chemin. J'essai d'évaluer la distance qu'il me reste à parcourir. J'ai les pieds en feu. Je manque de me faire dévorer les mollets par des chiens de berger. Au détour d'une route, j'arrête une voiture pour savoir si je suis loin de Sneem, réponse : 2 miles ½ (merci pour les unités du système international), devant mon air dubitatif, le chauffeur me précise que cela fait 4 kms. Je reprends mon chemin, et je croise par la suite ce qui semble être un autochtone rentrant du pub. J'engage la conversation pour savoir si je suis encore loin : quelques centaines de mètres... ouf! Il me demande d'où je viens, quant je lui dis Killarney, il s'exclame « Fucking Boy », je prends ça comme un compliment. Je pars ensuite en quête d'un B&B, mais vu l'heure tardive, c'est peine perdue. J'aurais pourtant grand besoin d'une bonne nuit de repos... au sec, et aussi d'une bonne douche. Je fais quelques courses au magasin du village: notamment du chocolat (enfin ce qui s'en approche le plus). Il n'y a pas de Camping à Sneem, je finis par trouver une aire de pique nique idéale pour bivouaquer. Je ne suis d'ailleurs pas le seul, un couple de cycliste a également élu domicile ici. Il est déjà 21h00, je monte rapidement la tente (un peu comme un manche), j'avale un repas soupe-pâtes et gourmandise au chocolat et je vais me coucher lessivé.



Lundi 06 août: Sneem - WatterVille

J'entends des averses pendant la nuit. Vu comment j'ai monté la tente, je crains de prendre l'eau. Au réveil les dégâts sont limités, mais il pleut encore... Je démonte la tente et je m'abrite sous l'aire de pique nique pour petit-déjeuner. Vu l'état désertique du village, pas moyen de demander à quiconque de remplir mes bouteilles d'eau. Je passe donc en acheter au magasin du village. La vendeuse me demande d'où je viens vu l'état de mes chaussures et de mon pantalon!?!

La pluie s'estompe rapidement et le soleil fait même son apparition. Je débute la journée par une petite route bordée de fleurs qui se transforme rapidement en chemin puis en sentier. Ce dernier est toujours aussi humide... Dans une montée en sous bois, je croise de nouveau un animal. Il me semble que c'est un faon mais j'ai à peine le temps de l'entrevoir. Le calme qui règne dans ce sous bois est des plus agréable. En sortie du bois, je découvre un panorama toujours superbe, d'un côté les patûrages vallonnés verdoyants et de l'autre l'embouchure de la Kenmare River sur l'océan. Un arc en ciel fait même son apparition: grandiose. Par contre, mes cours de physique de lycée se rappelle à mon bon souvenir, pour voir en arc en ciel, il faut du soleil (ça c'est bon) et de la pluie (ça, ça va venir...). Le pancho est donc de nouveau de sortie. Je croise les premiers randonneurs de mon périple. J'ai parlé de paturages, je n'ai pas encore parlé des moutons, mais je n'aurais de cesse d'en croiser tout au long de mon périple. Je crois que je suis dans leur fief. Le temps semble enfin tourner au beau fixe, enfin autant que c'est possible en Irlande. Du coup, après avoir mis de la crème solaire, j'en viens même à sortir mes lunettes de soleil!

Je fais ma pause déjeuner juste au dessus de Caherdaniel avec cette fois ci une vue sur l'océan. J'en profites pour laisser reposer mes pieds à l'air libre. J'ai de plus en plus mal au tendon gauche et au genou droit. Je reprends mon périple le long d'un chemin côtier qui alterne entre les passages en sous bois, dans les ajoncs et dans les prairies. Le sentier est richement fleurie, sur fond toujours vert et bleu, le jaune, le violet, le rouge et l'orange se marient à merveille. Je profites de retrouver un semblant de civilisation pour faire une petite pause coca en terrasse au soleil avec une vue panoramique. Les prairies et patûrages sont délimités par d'inombrables murs de pierre. Je ne compte plus le nombre de passage surélévés que je dois emprunter. En contre bas du sentier , je découvre un fort datant probablement de la fin du premier millénaire. Je commence à sentir l'odeur d'iode... aahhhhhhh!

J'arrive à Watterville, citée balnéaire, vers 17h00. Cette fois-ci je trouve un B&B. J'en ai rêvé de cette douche, elle est enfin une réalité. J'en profites pour mettre quelques affaires à sécher. Je pars ensuite me promener sur la jetée et faire quelques étirements. J'échoue une fois de plus dans un pub. Je commence par une Guiness : Guiness is good for strenght. A jeun, elle me fait rapidement de l'effet, j'ai la tête qui tourne en me levant pour aller aux toilettes. Je commande ensuite un irsh stew (ragoût de mouton), un régal. J'accueille une famille d'anglais à ma table. Il faut dire que les places sont chères. Je termine mon repas par un cheese cake. Après un tel repas, une promenade digestive est plus que bienvenue.

Je repasse ensuite au B&B pour mettre la tente à sécher sur la jetée : idée un peu tardive. Je profites du coucher de soleil sur la Baie de Ballinskelligs, c'est superbe. Je ne suis pas le seul à faire des photos. Je reste une bonne heure à profiter du panorama. Seule la pluie me contraint de rentrer précipitamment. Heureusement la tente a quant même finie par sécher. Je croise au B&B la photographe de tout à l 'heure. C'est une française (je crois que cette région est un repère de vacanciers français), nous discutons un peu photo puis je vais me coucher.



Mardi 07 août: WatterVille - Glencar

Cette nuit dans un vrai lit (au sec) m'a fait le plus grand bien. Pour finir ma « reconstruction » j'ai droit à un irish breakfirst: céréales, thé, toasts, confiture, beurre (salé), saucisses, oeufs, tomates et bacon! Je me mets en route vers 8h30 sous quelques nuages. J'ai du mal à enchaîner, musculairement tout va bien, par contre ma cheville gauche et mon genou droit continu de me faire souffrir. J'ai d'ailleurs mis ma genouilliere. Je rate le début du sentier qui doit me mener à un chemin de crête. Je parviens à récupérer la Kerry Way mais non sans quelques efforts supplémentaires. Sans passages aménagés, le franchissement de barrières et de clôtures, c'est du sport.

Je ne comprends pas comment un chemin de crête peut être aussi détrempé? La vue est superbre une fois de plus, en me tournant, j'ai le droit à une vue sur la baie, sur un lac, sur des collines et sur une grande vallée (où je vais m'engager d'ailleurs). Le passage devient ensuite difficile, le chemin est par endroit boueux, par endroit rocheux, avec des fougères et des ajoncs qui m'empêchent de voir où je mets les pieds. Je finis même à genou par moment.

Je vais devoir quitter la Kerry Way pour rejoindre ma prochaine étape. Deux solutions s'offrent à moi. Un, je poursuis encore un peu la Kerry Way jusqu'à rejoindre le route du milieu que je longe ensuite jusqu'au fond de la vallée. Deux, je coupe en hors sentier pour rejoindre une route secondaire qui m'amènera également au fond de la vallée. Je ne retiens finalement pas cette dernière solution, j'ai en effet un goût limité par le hors sentier des ces zones humides, piquantes et rocheuses...

Finalement, je ne regrette pas mon choix, la route « principale » est très peu fréquentée et bien agréable. J'avance doucement de crainte d'aggraver l'état de mes pieds. J'atteins un premier semblant de civilisation: un pub-store. Dans ces régions reculées, ce genre de magasin regroupe les biens de première nécessité (nourriture et bière) pour les habitants du coin qui sont dispersés dans la paysage. Ici point de grosse bourgade mais des fermes et des maisons disséminées à travers le paysage. Deux vieillards sont au bar et me salut. Je commande mon désormais traditionnel coke, avec des sandwichs. Il y a même des tomates dedans, ah des légumes.

Je reprends la route, au sens propre comme au sens figuré. Le soleil semble être installé. Je me ballade dans un paysage alternant paturage et tourbière. Je découvre également le principe de la tondeuse irlandaise: un mouton. C'est simple, économique et écologique. Je me fais dépasser par un couple de cycliste, que je rattrape plus loin alors qu'ils sont en pleine pause cueillette de mûres. J'approche finalement du col qui clôt cette vallée. Je me fait une fois de plus rattraper par les cyclistes, il me dépasse en souriant en disant: one again. Après un dernier effort je découvre un panorama superbe, d'un côté la vallée que je viens d'emprunter avec la baie au bout, de l'autre le massif du Carrauntohill (point culminant de l'irlande à 1040 m). Je retrouve également le couple de cycliste. Ce sont des québecois qui se rendent à Killarney. Après une brève discussion, ils reprennent la route.

J'en profites pour faire une bonne pause goûter. Je redescends le col et traverse ensuite un long plateau qui en fait une immense tourbière. La route suit une petite rivière qui ressemble parfois à un petit Canyon. Je suis bien tenté d'aller me baigner mais ce ne serait pas vraiment raisonnable. Sur la route, j'ai pris l'habitude de guetter la salut des conducteurs. En effet pour ma sécurité, j'ai pris l'habitude de m'écarter au passage des voitures. J'ai tendance à croire que les locaux sont plus encluns à me saluer et me remercier que les touristes. Je suis surpris de découvrir que les moutons que je croise sont plus apeurés par mon passage que par celui des voitures. Ces dernières peuvent les raser à quelques mètres, pas de problème. Par contre, si j'approche à moins de 10 m, c'est la débandade.

J'arrive à Glencare vers 17h00. Fait marquant de la journée: je n'ai pas eu une goutte de pluie! J'opte une fois de plus pour un B&B. J'ai de plus en plus besoin de bien récupérer. Après une bonne douche et quelques étirements, je descends prendre ce qui commence à devenir un rituel : une Guinness. Le pub est très sympa : quelques habitués du coin attablés au comptoir, un billard, un jeu de fléchettes et une décoration montagnarde. La télé est allumée en fond. J'y découvre notamment le nouveau slogan Guiness: « It's alive Inside ». J'opte pour une bonne soupe et un sandwich comme repas. Le bar se remplit petit à petit.


L'ambiance est très animée et chaleureuse, de petits vieillards parlent même en Gaellic (il faut croire que la Guiness conserve bien vu tout ce qu'ils sont capable d'avaler). Une famille anglaise arrive ensuite, le père s'installe au bar, la petite fille pose un petit chien sur le canapé à côté de moi. Progressivement, il rampe vers moi, probablement à la recherche d'un peu de calme. Il s'endort ensuite contre mon flanc. Cela n'a pas l'air de plaire à la petite fille qui vient rapidement le reprendre... une petite pointe de jalousie???


Je sors faire quelques photos à la tombée de la nuit, pas moyen de trouver le promontoire que je cherche, et ici pas question de faire du hors sentier, l'eau n'est jamais loin... La fraîcheur de la nuit commence à tomber, pour m'en remettre je commande un Irish Coffee. Je le sirote tranquillement en bouquinant. Entre temps des randonneurs sont arrivés, à leur démarche, la journée a dû être longue.



Mercredi 08 août: Glencar – BlackValley

Réveil à 7h00, mais petit déjeuner à 8h30, je patiente en bouquinant. L'Irish breakfirst est une fois de plus parfait en prévision d'une journée de marche, j'ai l'impression que je pourrais me passer de déjeuner. Je remonte une route qui longe un petit cours d'eau avant d'atteindre un lac. Je croise mon premier groupe de randonneurs. Je contourne le lac et me retrouve désormais au pied du massif montagneux. Je remonte une vallée au milieu de pâturages. Le paysage a de telles teintes montagneuses que je m'attends à tout moment à voir apparaître des chamois ou attendre une marmotte siffler. Mais non, les seuls animaux que je croisent sont des moutons (pas farouches du tout ici) qui se prennent d'ailleurs pour des chamois en allant se nicher dans des endroits assez inaccessible. J'atteins le col qui ferme la vallée, vers 12h00, j'en profites pour faire une petite pause déjeuner, plus préventive qu'autre chose vu le petit déjeuner de ce matin qui me colle encore à l'estomac. Je n'ai pas encore précisé le temps, mais il fait beau, j'ai presque oublié les déconvenues des premiers jours. La descente se fait toujours au milieu des moutons. Ils ont décidés de rester sur le sentier, à chaque fois que je m'approche d'eux, ils descendent 50 m en courant et me regardent m'approcher, avant de repartir. Ca dure bien sur 500 m ce sketch.

Je retrouve une petite route qui me mène au fond d'une autre vallée avant d'entamer l'ascenscion d'un nouveau col. Le balisage laisse à désirer au milieu des rochers. Je trouve un compagnon de déroute qui cherche aussi son chemin. Nous entamons ensemble la quête du sentier. Au bout de 50 m, nous nous aperçevons que nous prenons certes tous les deux la Kerry Way mais pas dans le même sens. Nous avons chacun la réponse à la question de l'autre. Enfin presque, parce qu'il a perdu les marques depuis plus longtemps que moi et ne peut que m'indiquer le point de sortie: le col. Pour une fois le terrain n'est pas trop humide, je pars donc droit dans la pente en hors sentier. Après une demi heure d'effort, j'atteins le col en sueur.

Je croise un groupe de VTTistes et leur fait remarquer que le balisage laisse à désirer. Je redescends en leur souhaitant bon courage. Le chemin alterne entre des passages dans des rochers et en sous bois. La vue est superbe sur la Black Valley. Je découvre au loin un paysage que j'ai traversé dimanche sous la pluie. Je déguste au passage ma première mûre du séjour. Elle est à peine assez sucrée, peut être a t elle manquée de soleil... Je passe une bergerie et la curiosité m'invite à regarder à l'intérieur. J'y découvre nombre de fourrures de moutons.

L'après midi est déjà bien avancée quant je passe devant un B&B à la ferme dans un cadre enchanteur: loin de la route, des chevaux, des moutons, un ruisseau, ... L'accueil y est chaleureux, même si j'ai bien du mal à comprendre ce que me dit mon hôte (il semble que notre incompréhension mutuelle vienne de nos accents respectifs). Il me propose un thé qui est le bienvenue, servi avec des petits gâteaux sur une table au soleil s'il vous plaît. Quelques étirements et une bonne douche plus tard, je suis de nouveau attablé à bouquiner au soleil.

Un couple de belge me rejoint ensuite. Ils font la Kerry Way mais dans l'autre sens. Nous échangeons sur nos parcours respectifs autour d'un thé (toujours avec des gâteaux). Bien qu'un peu venteux, le temps est toujours agréable. Je mange des sandwichs avant de regagner ma chambre et de sombrer d'un profond sommeil.



Jeudi 09 août: BlackValley – Killarney

Je suis réveillé par le bêlement des moutons. J'entrouvre les rideaux pour découvrir qu'il pleut et que la visibilité est réduite. Après une bon petit déjeuner en compagnie du couple belge, nous reprenons chacun notre route. J'entame la dernière vrai montée du périple, direction le Gap of Dunloe. La pluie est continue et devient même glaçante avec le vent. Mes pieds sont de nouveaux rapidement trempés. Je fais un petit bout de chemin avec une famille de Philadelphie. J'avance au son des floc floc des mes chaussures. Après deux heures dans ces pénibles conditions, je retrouve la civilisation et je remplace mon traditionnel Coke par un thé bien chaud. Je suis cerné par les français. Je ne me sens pas trop à mon aise dans ce repère pour touristes. J'en viens à regretter la solitude et le calme des vallées que je viens de quitter.

Je me remets rapidement en route sous la pluie, qui heureusement finie par s'estomper. Je marche le long d'une route relativement fréquentée où je ne suis pas très à l'aise. Je m'approche tranquillement de Killarney. Le temps se lève et quelques rayons de soleil ont même fait leur apparition. Je prends une petite pause déjeuner en surplomb de Killarney à proximité d'une petite tour et d'une abbaye du début du deuxième millénaire. Encore une petite heure de sentier et la boucle est bouclée. Vu les aléas météo, j'opte pour une auberge de jeunesse. J'en profites pour prendre une longue douche et faire un peu de lessive. Mais pieds sont dans un état lamentable, j'ai plus de surface de pansements que de peau à l'air libre. Je pense que je paie là l'humidité des premier jours. Musculairement par contre tout va bien.

Descente en ville ensuite, j'imite la faune locale et vais faire du shopping. Dans le mouton, tout est bon! Après l'Irish Stew, je m'intéresse au bienfait de la laine et j'achète des pulls. Ensuite, pour changer... je vais prendre un pinte dans un pub, histoire de retrouver un peu d'animation. Cependant, dans cette ville trop touristique, je ne retrouve pas les charmes des pubs précédents. Retour ensuite à l'auberge de jeunesse pour un repas de pâtes (ce n'est finalement que le troisième du séjour). Je me ballade encore un peu en ville avant d'aller me coucher. C'est alors qu'arrive Graeme, l'un des mes co locataire. C'est un australien qui joue de la flûte traversière. Amateur de Debussy, il me joue un petit concert privé de musique de chambre... Je m'endors ensuite tant bien que mal dans le brouhaha de l'auberge.



Vendredi 10 août: Killarney - Limerick

Petit déjeuner à l'auberge puis direction la station de bus, sous la pluie. Destination Limerick aujourd'hui, départ 10h00 arrivée 12h30. Je pars ensuite en quête d'un logement. Le premier B&B que je tente me propose une chambre à 30€, cela me semble raisonnable, sauf que c'est une chambre double et que cela fait 60€. Ca devient tout de suite beaucoup moins raisonnable. Je renonce pour le moment à cette solution. La faim commençant à me tirailler je prends la direction d'un snack pour commander un fish and chips, autre spécialité culinaire de l'Irlande (je préfère quant même largement l'Irish Stew). Je déguste ce met délicat comme il se doit, au milieu du hall de la gare. Une bonne soeur s'assoie à côté de moi. Nous discutons de nos provenances respectives. Elle est de Dublin et elle connaît un peu la France, il y a une dizaine d'année, elle a fait le voyage à Lourdes. Elle est bien gentille et m'indique même un autre restaurant plus consistant et équilibré qu'un simple fish and chips. Je la remercie et part de nouveau en quête d'un logement.

J'ai bien songé à un bivouac dans un des parcs de la ville, mais je ne pense pas que cela serait vraiment toléré par la Garda locale. Je finit par trouver mon bonheur juste en face de la gare dans un B&B tenue par une petite grand mère, elle aussi bien sympathique. J'ai encore tout l'après midi devant moi, après une semaine bien sportive, est venu le temps de me "culturer" un peu. Je prends donc la direction du musée d'art de la ville. Je suis un peu déçu par l'exposition permanente qui fait un peu fouilli, en revanche je suis touché par les oeuvres de deux artistes contemporains locaux: Diana Copperwhite et Joe Duggan.

J'enchaîne ensuite par le Hunt Museum. Cette exposition d'oeuvres hétéroclite est issue de la donation à la ville de Limerick de la collection amassée par le couple Hunt, amoureux d'antiquités. Le musée est très bien conçu et documenté (pour des personnes qui ont besoins de rappels sur l'antiquité et l'art comme moi) et permet de parcourir les âges aisément. J'apprécie aussi tout particulièrement la philosophie dans laquelle a été constituée cette collection. De leur vivant, le couple Hunt exposait au jour le jour leurs trouvailles chez eux, allant jusqu'à les utiliser dans leur quotidien. Ca creuse pas mal de piétinner, je prends donc une petite pause thé, accompagnée d'une tarte à la rhubarbe.

Je continue ensuite en me baladant dans les rues jusqu'au musée de la ville de Limerick. Je ne fait qu'y flaner, mais j'aime à regarder les photos des villes au début du XXème et les vieilles cartes. Je ne m'arrête pas en si bon chemin et termine par la visite du King's John Castle. C'est un très beau château datant du début de deuxième millénaire. Je reviens dans le centre par la rue Saint Nicholas (hé hé).

Je m'attaque ensuite à la culture « contemporaine » et vais arpenter les rayons d'un grand magasin. J'aime à découvrir les habitudes culinaires, les similitudes et les différences de nos cultures. Je découvre qu'il ne connaisse que le beurre salé (et ce n'est pas marqué dessus). Je trouve quelques marques qui ne me sont pas inconnues, comme les confitures Bonne Maman. En plus de leur bloc de fromage, on trouve également du camembert président. Au rayon boulangerie, il y a la marque, produits de France, qui propose un semblant de baguette bien éloignée de nos standards... Par contre au rayon chocolat, il est toujours aussi difficile de trouver du chocolat noir.

Je me pose ensuite dans un pub pour une petite pinte et en espérant pouvoir manger un petit morceau (autre que la pinte de Guiness). J'arrive un peu trop tard, il serve jusqu'à 19h00 et il est 19h15... J'en profites pour mettre à jour mon road book. Je passe m'acheter ensuite une salade de pâtes et des pommes dans un magasin, avant de regagner le B&B, de manger, de bouquiner et de me coucher.



Samedi 11 août: Limerick – Paris

Mon dernier Irish Breakfirst, encore une fois excellent (cette fois ci, j'ai même droit à un petit morceau de boudin). En route ensuite pour la station de Bus puis l'aéroport de Shannon. A l'enregistrement, un groupe de jeunes bimbos irlandaises nous font tout un sketch. Elles ont un surpoids de bagage et ne savent pas comment s'arranger. Elles finissent par transvaser des affaires dans leurs bagages à main. Je découvre avec stupeur que le sac de l'une d'entre elles ne contient que des chaussures... je ne suis pas le seul à en sourire. Par contre elles n'ont aucun sens de la courtoisie, se jugeant peut être importante, elles tentent d'éviter la file d'attente à l'embarquement, ce qui est moins du goût des autres passagers.

Je quitte l'Irlande, sous la pluie, pour arriver à Beauvais sous le beau temps.Un petit coup de bus et de metro et je regagne mes pénates après un voyage fatigant mais exceptionnellement beau et riche en aventures!

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Publié dans Rando

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